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Sylvie Rozette, Adjointe au Maire de Limoges : « Ceux qui vont s’en sortir le mieux sont ceux qui seront prêts à se réinventer »

Sylvie Rozette, vous êtes adjointe au Maire de la Ville de Limoges, en charge des sports. Vous avez aussi, à ce titre, d’importantes responsabilités nationales. D’une part à l’ANDES, vice-présidente de la commission Sports professionnels, référente pour la Ligue nationale de basket (LNB) et membre du Groupe qui travaille sur l’évolution du calendrier LNB, référente départementale des élus au sport. Et d’autre part à France Urbaine, l’association des élus des grandes villes et des métropoles.

Par votre mandat local, vous êtes très active sur les dossiers de la collectivité et, par vos responsabilités nationales, vous êtes au cœur des débats et des décisions qui concernent les collectivités, le sport et le basket professionnel. Merci d’avoir accepté de répondre à nos questions sur la crise sanitaire et ses impacts sur le sport, les collectivités, les clubs, le mouvement sportif, avant la première étape de déconfinement ce lundi.

 

Limoges ABC : Tout d’abord, comment la Ville de Limoges a-t-elle gérée, et gère-t-elle, la crise sanitaire concernant les Ressources Humaines et les équipements sportifs ?
Sylvie Rozette : Il y a eu trois phases, le confinement puis la gestion du confinement puis la gestion du déconfinement. Nous avons commencé par faire un état des ressources humaines et des personnes dont nous avions besoin. Les cadres de la Direction des sports sont toujours restés actifs en télé travail avec une ou deux visioconférences par jour et une fois par semaine avec moi pour la gestion des affaires courantes et les points nationaux. On s’est adaptés dans un très bon état d’esprit, avec beaucoup de volontaires lorsqu’il s’est agi notamment de redéployer les personnes sur des missions d’intérêt général. Les personnels ont été redéployés sur l’entretien des équipements sportifs mais aussi des missions hors sportives, portages de repas, présence sur les halles et marchés, mise sous pli et distribution des masques.

Une forte implication des agents, une idée de service public

Limoges ABC : Quelles sont les principales difficultés rencontrées, les remises en cause nécessaires mais aussi les bonnes surprises ou les bons comportements ?
Sylvie Rozette : Je retiens déjà un aspect très positif, c’est la forte implication des agents, leur « esprit sportif » et la solidarité sur les décisions, l’envie de participer, une idée de service public qui m’a fait plaisir pour imaginer toutes les solutions d’organisation possibles. Je dois souligner aussi que les associations sportives ont bien compris les messages, ce qui était possible et ce qui ne l’était pas. Ce sont deux belles satisfactions. Pour information d’ailleurs, mardi, mercredi et jeudi prochains nous avons trois créneaux horaires pour échanger et dialoguer avec les associations.
Les principales difficultés tiennent surtout aux directives gouvernementales et même à certaines Fédérations qui ont tendance à oublier que les collectivités sont les propriétaires des équipements. On ne peut pas dire aux collectivités « débrouillez-vous », il faut que chacun se remette en cause

Pendant trois prochaines semaines, il ne faut pas « se louper »

Limoges ABC :  Comment va se passer la sortie, douce et partielle, du déconfinement, autant que la lisibilité le permette ?
Sylvie Rozette : C’est à mon sens le moment le plus compliqué de la crise. Nous avons trois semaines décisives pour la suite où il ne faut pas « se louper ». C’est la responsabilité individuelle de chacun. C’est une semi-liberté qui est proposée. Si les gens jouent le jeu intelligemment, ça pourra fonctionner. Nous sommes en zone verte. Donc à compter de lundi, le Parc des Sports de Beaublanc et celui de Saint-Lazare seront ouverts mais uniquement pour une pratique individuelle libre en respectant les mesures de sécurité pour toutes les activités. Nous allons refaire un affichage en ce sens rappelant les contraintes. Réouverture du Golf municipal mardi 12 mai avec une priorité pour les adhérents. Mais jusqu’à début juin a minima, les directives de l’Etat s’appliquent, pas de sport en indoor, les gymnases restent fermés et pas de pratique collective club en extérieur. Il n’y aura pas de location de matériel et les vestiaires seront fermés. En outre, nous allons proposer des cours de remise en forme dans les parcs de la ville, toujours avec moins de dix personnes et les mesures de sécurité sanitaire.

Limoges ABC : La question de la responsabilité des élus est au cœur des décisions des collectivités locales. Pouvez-vous nous en situer les grands enjeux ?
Sylvie Rozette : Sur cette question importante et très complexe, l’ANDES et les parlementaires ont demandé à l’Etat à ce qu’un texte soit voté pour décharger la responsabilité des élus face à ces contraintes. Aujourd’hui la responsabilité du Maire est engagée avec des conséquences qui peuvent être très importantes. Je ne suis pas trop inquiète pour le sport mais beaucoup plus sur la question de l’ouverture des piscines qui est très compliquée. Avec France Urbaine, nous avons demandé au Directeur de Cabinet du Ministre des Sports qu’il y ait une directive nationale sur cette question. Toujours sur la responsabilité des élus, il y a d’autres domaines où c’est aussi très compliqué, les écoles par exemple.

Nous accompagnerons les clubs malgré l’accroissement des charges

Limoges ABC : Comment la Ville de Limoges va-t-elle se situer dans le soutien et l’accompagnement des clubs sportifs ?
Sylvie Rozette : La Ville de Limoges a dépensé à ce jour plus d’1 M€ pour gérer la crise, entre achats de fournitures et aménagement d’équipements notamment. A cela s’ajoute une perte de recettes propres. Il peut aussi exister aussi de vrais leviers d’aides indirectes pour de nombreux aménagements qui sont aujourd’hui contraints par le cadre juridique. D’où le travail qui est fait avec l’ANDES et France Urbaine pour demander des assouplissements au gouvernement. C’est une urgence dans ce contexte. Les ordonnances du gouvernement sur le droit du travail en sont un bon exemple.
Nous ne sommes pas une ville riche mais nous souhaitons accompagner les clubs et, en l’état, si nous maintenons les subventions ce sera bien. Pour les associations sportives, j’ai même proposé que les subventions soient maintenues lorsqu’elles auraient pu baisser et que celles qui étaient prévues à la hausse soient confirmées à la hausse. De même pour les Tournois qui étaient aidés par la Ville, sur présentations des factures, les frais engagés pour le Tournoi seront pris en charge. Nous avons la chance d’avoir voté notre budget en décembre ce qui va nous permettre de verser les subventions des clubs car elles ont été budgétisées. D’autres collectivités ailleurs ne les ont pas votées et elles vont devoir faire des coupes franches.

Il faut arriver à faire le tri entre les orientations gouvernementales et les desiderata des fédérations, mais c’est essentiellement du bon sens. Il faut faire de la pédagogie, être clair et le plus précis possible. Il faut que les consignes soient claires pour qu’elles soient bien intégrées et que les clubs gardent confiance. Mais il ne faudra pas faire de copier-coller. Ceux qui vont s’en sortir le mieux sont ceux qui seront prêts à se ré inventer.

 

Le Président de la FFBB a été le premier à se mettre dans la boucle

Limoges ABC : Comment cette crise est-elle gérée par les élus des collectivités et comment l’ANDES a-t-elle travaillé avec le mouvement sportif ?
Sylvie Rozette : L’idée première de l’ANDES a été de dire aux Fédérations et à l’Etat : « Attention, travaillez avec les collectivités car elles sont propriétaires des installations sportives et n’imaginez pas des choses qui ne seront pas faisables localement. Intégrez-nous dès le départ dans la boucle. » Ensuite on a fait des retours d’expériences, des échanges de bonnes pratiques. L’idée générale étant de faire remonter de la base toutes les difficultés que nous pouvions rencontrer dans nos collectivités pour la reprise de pratiques sportives sécurisées.
En revanche, certaines Fédérations ont eu tendance à se replier sur elles-mêmes et sur leurs problèmes internes d’organisation, de questions juridiques, de chômage partiel, ou de gestion des RH. Ce qui ne fut pas le cas du Président de la FFBB ! Jean-Pierre Siutat a été le premier à se mettre dans la boucle avec les collectivités en organisant une visioconférence avec l’ANDES, à laquelle j’ai participé. Tous n’ont pas été aussi réactifs.

Sécuriser une reprise dans de bonnes conditions en septembre

Limoges ABC : Quelles sont les informations, à date du lundi 11 mai, notamment les calendriers de déconfinement et les contraintes ?
Sylvie Rozette : Nous sommes sur des points d’étape. Nous nous donnons déjà dix jours pour voir comment se passe le déconfinement. Le calendrier national est pour l’instant sur des annonces fin mai pour une nouvelle étape au mardi 2 juin. Ce qui se projette aujourd’hui c’est qu’il n’y aura pas de reprise en indoor a priori avant mi-août. Mais ce qui sera déterminant c’est notre comportement et notre niveau de responsabilité individuelle. L’idée principale est de sécuriser une reprise dans de bonnes conditions au mois de septembre. Il ne faut pas vouloir aller trop vite.

Ce temps doit servir aux associations pour se réinventer

Limoges ABC : Quelles conséquences majeures imaginez-vous pour le sport (notamment sports collectifs), sa pratique, les championnats, le public dans les salles et les stades ?
Sylvie Rozette : Il y a deux axes, le sport amateur et le sport professionnel.
Le sport professionnel est très contraint par les jauges et les recettes de billetterie. La crise va alourdir la gestion des clubs, il va falloir revoir les modèles économiques et j’espère que les syndicats de joueurs, de coaches et surtout d’agents vont pouvoir se parler et revoir les montants des salaires des pros. Sinon, on sera sur des modèles qui ne pourront pas tenir. Le partenariat privé est fragilisé et les collectivités vont l’être aussi avec des charges supplémentaires importantes. On entre dans une période de récession. Le sport est une économie et celle du sport professionnel va souffrir.

Le modèle associatif du sport amateur risque lui aussi d’être fragilisé. On a bien vu que beaucoup de gens s’étaient remis au sport. On parle de bien-être, de sport santé, il va y avoir une carte à jouer. Les associations vont devoir se diversifier. Si on parle du basket, le 3×3 devrait prendre une place plus importante parce que c’est une pratique en nombre plus réduit, essentiellement en extérieur. Comme d’ailleurs le foot à 5 ou le rugby à 7. Je pense, pour le professionnel et l’amateur, qu’il va être essentiel de retrouver du lien social, de se retrouver, de se revoir. Ce temps doit servir aux associations pour se réinventer. L’essentiel c’est d’aborder la rentrée dans les meilleures conditions et ça se travaille maintenant.

9 mai 2020