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Régis Racine, meneur, formateur, entraîneur, mille … et une passion

Quatre mois après son arrivée au Limoges ABC, nous avons voulu comprendre Régis Racine, son engagement, sa fougue, son implication totale, tous les jours, quand il faut, où il faut, ailleurs s’il le faut. Le coach est de tous les combats, les combats nécessaires. Sa passion – professionnelle – est unique, elle s’appelle basket. Ce basket dans la marmite duquel il est tombé dès son plus jeune âge. D’autres ont pu voyager ici et là, pas lui. Mis à part cette année 2017-2018 où il a pris du recul, un élan plutôt, pour revenir encore plus vite et plus fort. Meneur toujours, Régis Racine transmet sa passion à toutes celles et ceux qu’il croise sur les parquets. Il est là le matin, le soir, le midi pour redonner et transmettre à ses filles, celles qu’il protège plus que tout autre et sans jamais rien leur concéder. Pour aimer ne faut-il pas donner et pour gagner ne faut-il pas souffrir ? Régis Racine, à découvrir et lire entre les lignes.

 

Nous sommes sur un strapontin de leader

Limoges ABC : Quels premiers enseignements tirez-vous de ces huit premières journées de Championnat ?

Régis Racine : Après huit journées, je constate et j’affirme que dans notre poule, tout le monde est capable de battre tout le monde. Nous l’avons appris à nos dépends lors de notre déplacement à Mûrs-Erigné. L’équipe de Basket-Landes (Espoirs) tient le haut du pavé de notre championnat. Quelques promus aux dents longues, comme Carmaux et Toulouse posent problème et Saint-Delphin, Saumur, Anglet sont bien présents. Ce qui donne aujourd’hui six équipes en deux points …

En toute humilité, nous avons bénéficié d’un calendrier d’affrontements favorable. Nous sommes sur un strapontin de leader qui, à mes yeux, est en rodage. Nous avons des qualités mais aussi des défauts que nous essayons de gommer au plus vite. Notre jeunesse collective (quatre mois de vie commune) et notre groupe juvénile (entre 17 et 30 ans) nous dirigent inévitablement sur des « montagnes russes ».

Le temps et l’expérience engrangés nous permettront de grandir, les quatre premières places, c’est le bon compromis sur l’ensemble de notre parcours à ce jour. Les gens veulent nous mettre sur un fauteuil incontesté de leader, faux ! Nous sommes à ce jour en tête, mais pas incontestables, donc je me concentre sur le prochain match.

Quelle approche allez-vous privilégier pour les trois prochains matches qui signeront aussi la fin de la phase aller ?

Je ne changerai pas de ma ligne directrice, je prône le « match après match ». Roche-Vendée est une équipe Espoirs mais sa qualité est mise en lumière. Elle est la deuxième défense de notre championnat ; donc nous allons travailler en conséquence pour bien jouer cette équipe. Saint-Delphin est pour moi le top team de notre championnat : une grosse armada. Nous aurons besoin de tout le soutien nécessaire. Face à cette équipe, la Salle Mu’ devra être à notre cause et nous devrons avoir un investissement total. Anglet est une équipe qui est difficile à manœuvrer, surtout chez elle ! On jouera chez elle (toujours difficile à manier dans son antre), le dernier match de l’année civile … il va falloir nous maintenir émotionnellement.

Aujourd’hui sur quels « points faibles » l’équipe doit-elle travailler en priorité, dans l’équilibre, dans le jeu, dans l’approche ?

En amont, je vous ai parlé de vécu collectif, notre ancienneté de groupe se bonifiera avec le temps, autant de joueuse venant d’horizon différent est un gros travail de rassemblement et de cohésion. Nous sommes largement perfectibles. Au niveau individuel, la remise à niveau est à différents étages, le temps est notre allié. Un mot doit ressortir : travailler notre « constance » dans l’effort, dans son approche personnelle au service du collectif, apprendre et assimiler vite, bien sûr retenir les infos pour être capable de les reproduire.

Notre jeunesse peut parfois nous jouer des tours.

Il y a un aspect émotionnel

Cette première place peut être une source de confiance mais pas forcément. Qu’en pensez-vous ?

Tout est question d’approche et de contexte. Au milieu de ces deux indicateurs, il y a l’aspect émotionnel qui pourrait prendre le pas, je suis capable d’assumer ou pas. C’est pour cela que les quatre à cinq équipes de notre championnat vivent cachées et donc il est plus facile de mettre en lumière un Limoges ABC, qui est descendu de deux divisions en deux ans, que de se mettre à l’honneur.

Cette première place est une ambition naissante que la plupart de notre équipe ne connait pas. Une première place se construit sur le terrain. Si nous y sommes, c’est qu’il y a un mérite du moment.

Mais cela reste fragile !

Notre position peut être fragilisée par un contexte moins favorable, plus suffisant, avec des oublis de remise en question, de travail et d’écoute, environnementale. Aujourd’hui jouer en NF2 est une réalité, faire une Coupe de France face à une NF1 est un bonus pour une équipe classée première de son championnat mais à aucun moment il ne faut croire que nous sommes en NF1. Il y a une marge infime entre « confiance » et « suffisance ». Je n’aime aucun des deux. Seule la vigilance maintient dans le travail et l’humilité.

A propos des U18, de la formation, du club …

Les U18 Elite viennent de signer ce week-end une vraie perf’ après un ou deux matches compliqués. Vous suivez le groupe avec Paulin. Qu’en dites-vous ?

Pour contextualiser l’aspect sportif concernant les U18 Elite, c’est un groupe en début de cycle avec énormément de nouvelles joueuses. Il y a redistribution des cartes dans le groupe, un nouveau staff sportif, un groupe faisant les montagnes russes au niveau résultat, des blessures ayant perturbé notre première phase, tout cela fait partie du processus d’apprentissage.

A ce jour notre équipe est à la quatrième place et elle est à sa place avec une toute petite chance de qualification en poule haute. La perf du week-end coïncide avec le retour de nos quelques blessées. Il est évident que, si nous avions pu nous prémunir de nombreuses absences, le classement aurait été tout autre.

Je constate aussi que le coach, malgré des moments plus difficiles, arrive à maintenir une dynamique positive. Bravo à lui, bravo aux filles de ne rien lâcher. Je suis persuadé qu’avec un tel état d’esprit, la seconde phase sera abordée avec beaucoup de motivation et d’allant.

Les interactions se créent naturellement. Et j’aime cela !

Quel est votre travail quotidien dans le club, sur le projet de jeu, sur la formation, avec les équipes de jeunes et les cadres ?

Je me suis permis d’être un peu dans l’observation et de prendre un peu de hauteur sur l’organisation sportive. Je suis responsable technique du Limoges ABC et mon rôle au quotidien se situe dans  » l’accompagnement de projet  » individuel. Je m’installe dans mes prérogatives en fonction des besoins du moment. Nous reconstruisons l’édifice par le haut, la formation de cadre sportif. Mon vécu et mon expérience sont au service du Limoges ABC.

Je suis au service de chaque personne qui compose notre équipe. Les projets de jeu sont mis en place en fonction des forces et faiblesses de chaque groupe. J’espère mutualiser nos idées sur le temps. Le relationnel et l’échange prédominent afin de coordonner notre axe de travail. Nous grandissons, nous apprenons à nous connaitre et cela s’améliorera dans le temps.

Notre formation, qui ne date pas d’aujourd’hui, ne se résume pas aux U18 Elite. Ce n’est que le haut de l’iceberg. Quelle richesse nous avons sur notre Ecole de basket, on se diversifie dans nos actions et notre accompagnement, le basket santé, dans nos quartiers, il y a un vrai travail de diffusion et de suivi.

Ce qui me fait énormément plaisir, c’est que les interactions se créent naturellement. Et j’aime cela !

Notre encadrement sportif est volontaire, il apprend, travaille, grandit, le temps permettra d’harmoniser nos réflexions. Je travaillerai à moyen terme pour que nos échanges soient naturels et constructifs à chaque étage de notre formation.

Je ne conçois pas ma contribution sans formation

De façon générale, quel regard portez-vous sur la formation au sein du club aujourd’hui ?

La donne est très simple, j’ai besoin de cet ADN pour travailler et m’identifier à mon projet (personnel). La formation est au cœur de mon projet sportif, il est important d’avoir cette fibre. Une structure qui se gargarisera toute seule d’un label formation ne m’incitera pas à lui confier mes enfants. Tout le monde ne peut pas se qualifier de formateur !

Mon premier travail, hors joueur de haut niveau, était d’être responsable et coach du Centre de formation du Stade Clermontois Basket Auvergne, qui était alors en PRO A. Ma venue coïncidait avec ce « deal » lors de ma signature. J’y suis resté onze ans ! Lorsque je coachais en PRO B, mon premier désir était de faire éclore des jeunes joueurs ou de remettre des joueurs en lumière : Mathieu Gichard (MVP NM1), Eric Craven (MVP PROB), Erroyl Bing (passage en PRO B après le CSP en NM1). C’est un ADN avant tout : patience, accompagnement, du temps !

Donc, pour moi la formation est vécue au quotidien. Il faut avoir un projet, l’accepter et le mettre en lumière. Je ne me cache pas lorsque je décide de mettre dans mon effectif NF2 Johanna Breuil (17 ans), Estel Viguier (18 ans), Marie-Lys Cuisset (22 ans), Amélia Moukoko (20 ans), Lolly Ndiaye. Face à une équipe de NF1, même en bas de classement, elles vont progresser ! 134 minutes en cumulé pour nos jeunes en Coupe … Dans la victoire comme dans la défaite, cela servira pour la suite de notre championnat. Maintenir une dynamique pour nos entraînements et surtout respecter le « deal » de formation mis en place pour chacune.

Je l’assume ! La formation a ses montagnes russes, il faut être patient et persévérant. Au vu de nos discussions d’avant saison, nous sommes en adéquation avec notre projet de développement.

A chaque étage de notre formation, j’ai un œil attentif sur l’éclosion de nos filles. Je partage avec les coaches, j’ouvre les passerelles, je travaille avec les coaches sur les tactiques à adopter à notre formation.

Sur l’aspect chronologique sportif, notre Ecole de basket fait du très bon travail en termes de suivi et de développement. Il y a une vraie fiche éducative sur les catégories benjamines et U15, avec des coaches travailleurs et soucieux du passage de l’information. Trois équipes U18, sur lesquelles j’ai pu avoir un regard de terrain, grandissent, murissent et progressent par le biais de leurs entraîneurs. Chaque équipe est dans une dynamique porteuse de bien-être, donc de résultat.

Lorsque des filles se démarquent individuellement, nous en discutons avec le coach et le responsable d’équipe pour savoir ce qui est le mieux pour elle, à court et à moyen terme.

Notre formation à de nombreuses passerelles. Elle se dirige évidemment vers la NF2, au mérite et par la qualité, mais surtout parce que nous avons décidé de donner de la place à nos jeunes joueuses. Certaines commencent à s’entrainer avec le groupe NF2 avec pour ambition d’évoluer en équipe première dans le futur.

A titre personnel, je ne conçois pas ma contribution sans formation. Je m’entourerai de gens ayant le même ADN pour continuer à vibrer. Peu importe la division !

Merci coach et bonne continuation

Limoges ABC / 28-11-2018 / Photo : Olivier Sarre